Préface


La préface de Patrick GOHET
Délégué Interministériel aux Personnes Handicapées


L’accessibilité, source de progrès et critère d’excellence


Dans notre société, il est des personnes qui rencontrent des difficultés pour se déplacer, pour communiquer, pour conceptualiser, pour conduire leur propre vie… Les obstacles à leur autonomie et à leur insertion résultent, tout à la fois, de déficiences personnelles d’ordre moteur, mental, auditif, visuel, psychique , cognitif…, mais aussi de l’inadaptation de l’environnement sous tous ses aspects.

Les personnes, jeunes et moins jeunes, qui connaissent ces difficultés sont dites handicapées.
Au fil du temps, pour répondre à leurs demandes et à leurs besoins, s’est construite ce qui constitue aujourd’hui une véritable politique du handicap.

Cette dernière repose sur trois notions essentielles. Au début du XXème siècle, les blessés de la vie du fait de la révolution industrielle et de la Première Guerre Mondiale ont réclamé réparation des préjudices qu’ils subissaient.
Plus tard, les malades de la tuberculose et de la poliomyélite, mais aussi les parents d’enfants qualifiés d’ «inéducables», ont demandé à bénéficier de mesures de réadaptation. Il s’agissait, dans l’esprit du temps, de leur donner les moyens de rejoindre l’état et la situation de ce que la société considérait comme étant le citoyen moyen de référence.
Depuis quelques années, les personnes handicapées, et les parents pour leurs enfants handicapés, attendent que leurs déficiences fassent l’objet de la compensation qui leur permet de mener une vie plus autonome et mieux insérée.

La réparation, la réadaptation et la compensation sont donc les trois éléments majeurs sur lesquels repose la politique du handicap. Cette dernière s’est traduite par l’adoption de trois grandes lois : celle du 30 juin 1975 dite d’orientation en faveur des personnes handicapées, celle du 10 juillet 1987 relative à leur insertion professionnelle et celle du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Cette dernière constitue une profonde rénovation.

En premier lieu, la nouvelle législation reconnaît bien les deux causes qui sont à l’origine de la production du handicap : les incapacités dont une personne peut être porteuse et le caractère inadapté de la Cité. Logique, elle répond à ces deux facteurs générant le handicap, par la compensation pour le premier et par l’accessibilité pour le second.

La compensation prend la forme des aides humaines, techniques, animalières qui correspondent à l’état physique de la personne handicapée. L’accessibilité est faite pour que, munie des moyens de compensation qui lui conviennent, la personne en situation de handicap puisse pratiquer la Cité dans toutes ses activités.

La loi va plus loin : elle repense le concept d’accessibilité. Pour ce faire, elle confirme qu’il s’applique, domaines dans lesquels beaucoup d’avancées restent à accomplir, au cadre bâti et aux transports. Elle ajoute qu’il concerne également l’éducation, l’emploi, l’activité sociale, la vie citoyenne, la culture…

Ce n’est pas tout, si l’accessibilité est d’ordre physique, elle est dorénavant considérée comme étant également intellectuelle. En effet, il s’agit de rendre la Cité accessible, tant pour les personnes qui connaissent des limites dans leur mobilité que pour celles qui rencontrent des difficultés quant à leur repérage dans l’espace et dans le temps.

Enfin, la loi du 11 février 2005 comporte des dispositions qui garantissent l’effectivité de sa mise en œuvre. A titre d’exemple, elle prévoit que tout ce qui accueille et transporte du public devra être rendu accessible en 2015 au plus tard.

Chacun l’aura compris, c’est d’une véritable révolution culturelle et institutionnelle dont il est question.

L’accessibilité est un domaine vaste et complexe qui repose sur des éléments techniques précis. Elle appelle donc une réglementation couvrant l’ensemble du sujet.

Par ailleurs, l’accessibilité requiert la mobilisation de très nombreux acteurs : les architectes, les professionnels de la construction, les spécialistes des nouvelles technologies… Pour être effective, elle suppose la mobilisation et l’implication de l’ensemble des responsables publics, en particulier les services de l’Etat et les collectivités territoriales, mais aussi celles des acteurs économiques, des entreprises, des milieux culturels… Pour être effective, elle rend nécessaire la sensibilisation de l’ensemble du corps social et la formation de tous les secteurs d’activités qui viennent d’être cités.

Une mention particulière doit être réservée aux élus communaux et départementaux. Ce sont eux, avec les administrations de l’Etat, qui devront réaliser les plus fortes avancées et fournir les plus gros efforts. Ce sera tout particulièrement vrai pour les municipalités et les Conseils généraux qui seront renouvelés en mars 2008. Ils devront réaliser ce qu’il est convenu d’appeler la chaîne de l’accessibilité.
En effet, à titre d’exemple, à quoi peut servir la mise en accessibilité des trottoirs si les véhicules de transport public ne sont pas munis des équipements matériels, sonores et visuels qui permettent aux usagers handicapés moteur, aveugles et sourds de les emprunter. Une autre illustration : le plan incliné qui dessert un lieu d’habitation, en quoi répond t-il aux besoins du résident sourd qui a besoin d’une signalisation visuelle.

La réussite de la mise en accessibilité de notre Cité suppose donc, répétons-le, une sensibilisation et une formation à la hauteur de l’enjeu. Pour les réaliser, il est indispensable, dans un premier temps, de détenir un recueil exhaustif et simplifié de l’ensemble des dispositions législatives et réglementaires qui s’appliquent.
Telle est l’ambition de cet ouvrage. Réalisé par une architecte urbaniste chargée, notamment, de l’accessibilité, des aides techniques et des nouvelles technologies au sein de la Délégation Interministérielle aux Personnes Handicapées (DIPH), il relève ce défi. En effet, Soraya KOMPANY a participé, avec les administrations concernées et les associations représentatives, à l’ensemble des réflexions qui ont abouti à l’élaboration des textes, ce qui lui permet aujourd’hui d’en offrir au public concerné une présentation claire, précise et complète. Ce travail technique minutieux puise également sa force dans les convictions qui animent l’auteur. Son professionnalisme s’enrichit d’une approche humaine, pour ne pas dire humaniste.

Cet ouvrage constitue un outil indispensable pour toutes celles et tous ceux qui, à compter d’aujourd’hui, entendent rendre notre société accessible à nos concitoyens handicapés.

Ce livre contribuera à ce que, dorénavant, chaque fois que l’on construit ou que l’on réhabilite, la problématique de l’accessibilité ne soit pas oubliée, mais qu’au contraire elle soit prise en compte. Il contribuera ainsi à l’acquisition du « réflexe handicap », comme on peut avoir celui du respect de l’environnement, de la sécurité, de l’esthétique... Il aidera à ce que le handicap ne soit plus uniquement regardé comme une douloureuse réalité, ce qu’il est, mais aussi comme un « atout », tant il est vrai qu’en répondant aux besoins des personnes handicapées, c’est toujours du bien-être et du mieux-vivre que l’on apporte à l’ensemble de la société.
Je souhaite au lecteur qu’il trouve, dans cet ouvrage, les précisions qu’il attend et qu’ainsi il puisse ajouter du sens au mandat électif qu’il remplit ou au métier qu’il exerce.



Patrick GOHET
Délégué Interministériel aux Personnes Handicapées




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